Soko, à jamais jeune

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Si par hasard le premier album de SoKo n’était pas parvenu à vos oreilles, vous n’avez certainement pas pu manquer « My dreams dictate my reality », le deuxième opus de la chanteuse française. « Chanteuse française » étant d’ailleurs un terme très réducteur pour définir cette jeune femme de vingt-huit ans, qui échappe à toutes les catégories. Le fil d’Ariane de Soko et de sa musique, c’est sa liberté et sa spontanéité. Elle se moque de ses contradictions, ne craint pas l’incohérence, et ne poursuit qu’une seule quête : celle de la jeunesse éternelle. Un dessein qui s’est vérifié lorsque, après maintes tentatives, nous avons fini par joindre Soko à Los Angeles pour l’interviewer, et qu’elle a décroché entre deux attractions à Disneyland ! Heureusement, notre patience a su être récompensée par un entretien à l’image de l’artiste : intense.

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Par Tara Benveniste.
Photographie
, Pierre-Ange Carlotti.
Stylisme, Pauline Moreira.

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Ton album est beaucoup plus énervé, beaucoup plus rock que le premier. Penses-tu avoir atteint ta maturité musicale ?

C’est plus qu’avant je tâtonnais, je manquais un peu d’expérience, j’écrivais mes premières chansons. Dans mon premier album, j’avais besoin de sortir tout ce que j’avais en moi de manière très immédiate, tandis que pour celui-ci j’avais vraiment l’envie de faire la musique que j’aime écouter. Je voulais quelque chose de plus solaire, et le faire moins seule, être plus entourée. Mais en fait, il y avait déjà les prémices de ce que je voulais faire dans le premier album, c’est juste que là j’y suis allée plus à fond. Les chansons que j’ai gardées pour «My dreams dictate my reality» sont celles que je préférais jouer en live et qui me rendaient le plus heureuse.

Un processus d’écriture moins sombre qu’auparavant, donc ?

Non, c’est encore complètement dark, car je ne sais pas écrire une chanson sans mettre toutes mes émotions dedans, tous mes démons. J’écris sur les choses qui me hantent le plus, et chaque fois que j’écris une chanson c’est parce que c’est absolument vital. C’est pas genre « ah tiens, je vais écrire une petite chanson ! », c’est genre je ne dors pas pendant une semaine, j’écris tous les soirs, j’ai envie de vomir, je deviens folle, jusqu’à ce que j’accouche d’une chanson. C’est toujours assez douloureux quoi. Mais c’est très immédiat, car je couve mes chansons et mes pensées pendant tellement longtemps, que quand ça sort c’est vraiment « braaaa ». Sur scène c’est pareil, je souffre à fond, j’ai des bleus partout, je me fais mal, je danse dans tous les sens, je suis en transe.

Tu rentres tout juste d’une tournée en Europe et aux États-Unis. Qu’est-ce qui a évolué dans ton live depuis ta tournée précédente ?

J’avais quatre musiciens sur cette tournée avec moi, on était cinq en tout, du coup ça fait un son hyper riche, et on s’amuse beaucoup plus. Et même si les paroles sont assez dark, la musique est quand même assez légère et sunny. Il y a des trucs un peu goths, mais pour moi c’est vraiment du beach goth. Comme j’ai tout enregistré à Venice, il y a vraiment ce truc de «California feel good music».

Tu vis à Los Angeles depuis plusieurs années, pourquoi penses-tu t’épanouir davantage là-bas qu’en France ?

Je vis à L.A. depuis 7 ans. Avant d’emménager ici j’avais habité à Londres, à Seattle et à New York. J’aime bien bouger, explorer et me poser quand je me sens bien. Et en fait, le rythme de L.A. me correspond vraiment bien. C’est un rythme hyper lent, et du coup j’ai besoin d’être encore plus hyper active pour le casser. Et puis ici, les gens ont vraiment envie de créer des choses, de collaborer. Ils sont toujours partants, c’est beaucoup plus spontané. En France, les artistes sont fainéants, les intermittents comptent leurs heures, travaillent pour le cachet, et je ne me retrouve pas là dedans. Moi je bosse un milliard d’heures par jour, et je suis hyper inspirée tout le temps. À L.A, quand j’essaie de réaliser mes vidéos, j’organise tout en deux jours, sans société de production, sans monter de budget, tout est très « do it yourself ». Je ne laisse jamais la bureaucratie freiner ma créativité. À L.A. il y a un vrai entrain artistique que je ne trouve pas dans d’autres villes. Mais je n’oppose pas forcément la France à Los Angeles : c’est juste que je ne trouve pas ça ailleurs. Et il y a une espèce de joie de vivre constante due au temps ici : les gens ne se sentent pas abattus, ils ont un certain entrain. Et aussi, il y a une vraie scène musicale que j’adore. J’ai pu collaborer par exemple avec Ariel Pink sur deux de mes chansons, et avec Stella de Warpaint.

Tu évoques souvent ton syndrome de Peter Pan. Comment s’exprime-t-il au quotidien ?

J’ai hyper peur de l’engagement, et du coup ça fait huit ans que je n’ai pas de maison, j’ai trop de mal à m’installer. J’ai très peur de m’enraciner où que ce soit, j’ai le sentiment que si je m’enracine, je meurs. Si j’ai trop de possessions, ça me force à rester trop longtemps au même endroit, et du coup je ne me sens pas libre de voyager comme je veux. J’ai l’impression que ça me boufferait mon énergie si j’avais une maison. J’ai cette peur d’être dans la vraie vie d’adulte, d’avoir une maison, un frigo, faire les courses. Et les papiers, tout ça, ça me terrifie. C’est ma phobie. Et en même temps j’ai un côté très casanier, j’ai besoin d’un cocon, d’être rassurée…

Quel impact cela a-t-il sur ta manière de faire de la musique ?

Je ne sais absolument pas tenir un planning. Je suis incapable de me projeter, je ne sais pas où je serai dans trois jours. Je fais tout sur le moment et comme je l’entends.

Pourtant, tu es la preuve qu’une vie d’adulte ne rime pas nécessairement avec ennui, alors pourquoi cette peur de grandir ?

J’ai perdu mon père très jeune, du coup j’ai grandi avec cette immense conscience de la mort. Depuis, je fais tout pour combattre l’ennui, j’essaie de faire des trucs amusants tout le temps, de créer un milliard de choses pour repousser la mort.

Ton album s’appelle « My dreams dictate my reality », mais quels sont tes rêves ?

En fait, ce titre a vraiment plein de significations, et il est vraiment important pour moi. La nuit où mon père est mort, j’avais fait un cauchemar, et ma mère était dans ma chambre pour me consoler. Ca m’a complètement traumatisée, et j’ai grandi avec un sentiment de culpabilité. Je pensais que mon père était mort parce que je lui avais volé ma mère. Et après ça, à chaque fois que je faisais un cauchemar, il y avait quelqu’un de ma famille qui mourrait. J’avais une sorte de don de clairvoyance, je sentais les choses arriver. Mais du coup, j’avais l’impression que mes rêves tuaient les gens dans la vraie vie, et que j’étais responsable. Ca, c’est le premier sens. Le second, c’est que je fais des listes de choses à faire avant de mourir, et que rien ne m’arrête. Si j’ai envie de faire quelque chose, je cours après et je ne me pose même pas la question. Les gens me disent que j’ai de la chance, mais c’est faux, c’est juste que je bosse avec acharnement. Le troisième sens, c’est que quand j’ai commencé à écrire l’album, je n’allais vraiment pas bien, j’avais un milliard de problèmes, et tout le temps de la malchance. Je me sentais hyper mal, mais à côté de ça, je faisais des rêves très beaux. J’avais envie de rêver toute ma vie, de prendre des somnifères et de ne jamais me réveiller. Et puis j’ai vu Inception, et ça m’a fait réaliser que mes rêves pouvaient changer ce que je vivais dans ma vie, et que je pouvais guider mes rêves et ma réalité. La raison pour laquelle j’ai déménagé à L.A par exemple, c’est parce que j’avais fait un rêve où j’allais habiter là bas, et le lendemain j’ai acheté mon billet pour aller y vivre.

Un mot pour la fin ?

Mon proverbe dans la vie : YOLO !

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