Le démantèlement : au nom du père Goriot

© Association coopérative des productions audio-visuelles
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« Un film consacré à un personnage sur une pente descendante ne peut pas fonctionner » avait rappelé, amusé, François Truffaut dans une interview. En élève brillant, Sébastien Pilote a balayé l’idée du maître dans le film bouleversant qu’est Le Démantèlement.

Gaby, père de deux filles élevées comme des princesses, possède une ferme héritée de son père. Il y vit seul depuis que qu’elles sont parties s’installer à Montréal. Sa ferme reste sa seule raison de vivre. Dans cette région reculée, alors que la crise économique pousse de plus en plus de paysans à céder leurs propriétés, Gaby, lui, résiste.

Une de ses filles lui demande un jour de l’aider financièrement : elle risque de perdre sa maison. Gaby, en véritable Père Goriot, fait le sacrifice terrible de démanteler sa ferme pour lui venir en aide.

La difficulté du film, que Pilote dépasse avec brio, est de donner corps à l’histoire d’un perdant magnifique, d’un homme dont la paternité exacerbée l’amène à se détruire. Pourtant, c’est cette destruction qui le pousse a un nouveau départ, à une renaissance : lui qui était comme prisonnier de sa ferme, c’est finalement par sa destruction et son démantèlement qu’il saisit sa chance d’atteindre une forme de plénitude et d’harmonie. Cette fatalité n’est pas sans rappeler vieux westerns et films noirs : on y voit un homme accomplir, contre l’avis de tous parfois même contre le sien, une tâche qu’il considère (à tort ou à raison) comme son devoir.

Quand la lumière se rallume, ce qui nous reste est à la fois le plus troublant et le plus merveilleux : les yeux, le regard du père aimant, de l’homme blessé, merveilleusement interprété par Gabriel Arcand.

 

Bande d’annonce

Le Démantèlement, sortie le 4 Décembre

Par Deborah Mbiga-Epelbaum

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