Dead Sea, quest for the future

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By Tara Benveniste.
Photographed by Manuel Brulé
Make-up by Salma Qu

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Dead Sea est une mer de distorsions polaire, dans laquelle on nage guidés par la voix chaude et magnétique d’une sirène homérique. Un plongeon ensorcelant, certes marqué par le rock alternatif, mais dans les eaux enchantées du futur. Cette expérience musicale est le fruit de la rencontre entre Julien, Alex, Charles et Caro qui, lassés de recycler et fusionner leurs influences respectives, commencent à bâtir l’édifice sonore de leur imagination. Dead Sea sort de l’ombre en novembre 2014, avec un premier EP plein de promesses et des performances scéniques remarquées. Nous avons fait la connaissance de trois d’entre eux.

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Qui est Dead Sea ?

Charles (clavier) : On a créé le groupe il y a deux ans avec Alex et Julien. On a toujours eu des groupes, soit ensemble, soit chacun de notre côté. À l’époque, on était dans une pure dynamique shoegaze, mais on en a eu assez du son 90s et on a décidé de passer uniquement sur des machines électroniques, sauf pour la guitare. À ce moment là qu’on s’est dit que ça serait cohérent d’avoir une chanteuse, alors on a mis des annonces un peu partout. On a fini par rencontrer Caro grâce à des flyers qu’on avait distribué au Psych Fest à Paris cet été.

Caro (chant) : Je suis arrivée au bon moment, car comme la musique avait changé, il y avait beaucoup de place pour la voix.

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Dead Sea c’est la mer morte ?

Charles : C’est deux mots qu’on aime et qui correspondent au style de musique qu’on joue. D’ailleurs il y a plein de bons groupes en « Dead »: Dead Horse One, Dead Mantra, Dead Rabbits… En plus de ça on est tous surfeurs dans le groupe à part Caro, mais elle va s’y mettre !

Caro : J’ai les cheveux mais pas les skills…

Charles : Et puis ça évoque aussi la création du groupe sur une île minuscule en Indonésie avec Alex et Julien.

Alex : On était tous les trois, on est entrés dans un bar avec des Indonésiens qui jouaient de la musique à l’arrache, et on est allés voir le patron en lui disant « salut, on est un groupe de rock, on peut jouer ? » Le mec nous a répondu « vous êtes sur scène dans 20 minutes ».

Charles : On a joué un seul morceau, une impro d’un quart d’heure, et de retour à Paris ça a donné la première chanson de Dead Sea.

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Qu’est-ce qui inspire votre création ?

Alex : Notre principale influence c’est la musique qu’on écoute sans cesse. Pas mal de krautrock (Neu!, Can, Kraftwerk), beaucoup de shoegaze (MBV, Slowdive), et récemment de l’IDM avec Aphex Twin, Boards of Canada etc. On essaie de faire un pont entre tous ces genres qu’on aime. Une sorte de pseudo krautrock-shoegaze-IDM quoi.

Caro : C’est vrai qu’aujourd’hui tout se mélange, c’est assez naturel et on ne se pose plus la question.

Alex : Après, le deuxième gros truc qui nous inspire c’est le matos.

Charles : Quand on a fait le virage shoegaze classique vers shoegaze 2.0, on s’est demandés ce qu’il nous fallait comme matos pour réussir à faire la musique qu’on avait dans la tête et qui n’existait pas encore. On est des grands malades du son, depuis qu’on fait de la musique on passe nos journées à regarder le matos qui sort. Julien connaît toutes les pédales de guitare au monde, Alex c’est les boites à rythme et moi plutôt les synthés. Du coup, on a acheté les dernières machines qui sont sorties sur des marques géniales, et on est partis du matos pour faire des trucs plus modernes.

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Des artistes et des machines, donc.

Charles : Après, il y a une autre inspiration qu’on aimerait mettre plus en avant dans le groupe, c’est la dimension art contemporain. On essaie toujours d’aller dans ce sens et de créer des passerelles.

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Vous pensez à des artistes en particulier ?

Charles : C’est une culture globale de l’art contemporain. On ne veut pas forcément retranscrire des moods spécifiques, mais il y a beaucoup d’artistes contemporains qu’on adore.

Alex : Par exemple les artistes qui ont fait toutes les pochettes de Sonic Youth.

Charles : Oui, les pochettes de Sonic Youth, Gerhard Richter notamment. James Turrell aussi qui fait des installations incroyables.

Alex : Il a fait une expo hallucinante où il fallait se mettre en maillot de bain, plonger sous un truc, et tu ressortais de l’eau dans un monde parallèle.

Charles: C’est très shoegaze finalement les couleurs de Turrell.

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Quelle est la directive qui vous suit en permanence ?

Caro: Faire la musique du futur.

Charles: Et puis il y a la mélancolie, on essaie toujours de retranscrire en musique le bonheur et la tristesse.

Alex: Tout ça associé aussi à la perfection en termes de sonorités et de calage, c’est pour ça qu’on utilise autant les machines, on a besoin de tout contrôler.

Charles: Ca pourrait paraître robotique et sans âme, mais finalement c’est tout l’inverse. Un peu comme quand tu entres dans un immense supermarché, et que tu vois ces milliers de produits identiques et parfaitement alignés, ça en devient beau.

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Ce que vous faites finalement c’est du post-shoegaze, mais comment vous pourriez le qualifier précisément ?

Charles : On parle de « turbo-chillwave ». Chillwave, c’est Boards of Canada, Aphex Twin, toute cette vague axée autour du rythme. Et Turbo parce qu’on essaie d’apporter une touche rock en plus de ça.

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Ce qui est surprenant dans vos morceaux, c’est la place accordée à la voix. Dans ce genre de musique, on a l’habitude que la voix se fonde dans les nappes synthétiques, alors que chez vous elle est mise en avant comme un instrument à part entière, tant en live que sur les enregistrements.

Charles : Oui, pour deux raisons. La première c’est qu’on essaie de faire respirer davantage les chansons, au lieu de remplir tout l’espace sonore de murs de fuzz. On cherche à jouer avec le vide, du coup la voix ressort plus.

Caro : Oui, il y a de la place mélodique dans les chansons, donc la ligne de voix ressort naturellement.

Charles : La deuxième, c’est que contrairement à nos groupes précédents, c’est la première fois qu’on essaie de jouer une musique que les gens pourraient aimer. Avant on faisait des chansons inécoutables de quinze minutes. Maintenant on veut que ça nous plaise, mais que ça plaise aussi aux autres.

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Sans parler de grand public, mais simplement de toucher un public plus large ?

Charles : L’idée c’est ça. Pas forcément de faire du Rihanna, mais juste que ceux qui ne sont pas fans de shoegaze au premier abord puissent quand même apprécier notre musique.

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Quels sont vos objectifs à court termes ?

Caro : Décrocher de bonnes premières parties, dans de bonnes salles. On vient de jouer en première partie de Motorama au Nouveau Casino, c’était vraiment génial.

Charles : On va aussi sortir notre premier clip dans les semaines à venir.

Alex : Et puis on aimerait trouver un label, entrer dans une famille de groupes indés.

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